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Derrière ce titre volontairement provocateur, il y a une réalité qui dérange…
« Sentiment d’être mise à l’écart, carrière ralentie, salaire qui stagne, perte de responsabilités après son retour de congé maternité : la frustration est grande mais les femmes se taisent par crainte des représailles (1). »  J’ai décidé de parler pour elles, pour moi et toutes celles qui seront concernées demain. 

Enceinte au travail

 Les femmes enceintes sont davantage touchées par les inégalités au travail (2) : 80% des actifs occupés considèrent qu’une femme enceinte représente un inconvénient majeur au travail. Les femmes elles-mêmes intériorisent ce risque de discrimination puisque 44% d’entre elles, âgées de 25 à 49 ans, considèrent qu’être maman est un obstacle à leur carrière (3). 
J’ai vécu cette discrimination : côté recruteur et côté femme enceinte. Je me souviens du doute qui nous a submergé lorsque mon mari et moi avons découvert qu’une vie s’était installée dans mon ventre. Je venais tout juste de prendre un poste de Talent Acquisition Specialist. Le risque de discrimination était à tel point ancré que nous nous sommes interrogés sur l’avortement uniquement pour concrétiser la promesse qui m’avait été faite d’une transformation de mon CDD en CDI. Heureusement, la raison et le coeur ont vite repris le dessus et aujourd’hui, je suis l’heureuse maman de deux enfants. J’ai honte d’avoir pu, une seconde, penser à privilégier ma carrière ainsi que mon entreprise au détriment de ma vie de famille. 

Au-delà de la perception du risque de discrimination, ls faits parlent d’eux même : 75% des actifs interrogés ont été témoins d’une situation dans laquelle une femme, après son congé maternité, a vécu un ralentissement de sa carrière ou n’a pas retrouvé son emploi. Elles peuvent également être stigmatisées puisque 20% déclarent avoir vu une femme ne pas toucher de prime ou être écartée d’un dossier majeur en raison de sa grossesse. 
Lorsque j’ai annoncé ma grossesse à ma responsable hiérarchique, je lui ai dit en ces termes : « j’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer…. » Sa réponse a été formidable, elle m’a félicitée et a accueilli la nouvelle avec une réelle bienveillance. Mais ce ne fut pas le cas de tout le monde : j’ai rapidement été l’objet de harcèlement de la part du seul homme du département. Tout se passait bien avec lui jusqu’à ce que je lui annonce ma grossesse : par la suite, il m’a reproché de ne pas prendre d’initiative liées à mon statut de cadre. Or il était parti en vacances en laissant une employée travailler sans contrat de travail. J’avais dû endosser son rôle de Manager RH sales & marketing pour résoudre ce sujet et lui faire un compte rendu à son retour. Il a vite oublié ce petit détail sans me remercier de lui avoir sauvé la mise ni d’en avoir jamais parlé à sa responsable.
Partageant mon bureau avec lui, seule, j’ai eu a subir quotidiennement ses remarques sexistes et déplacées durant le reste de mon contrat de travail. Je me souviens du visionnage au beau milieu d’un point sur le recrutement d’une vidéo Tuto Cupcake (Youtube) dont le langage est cru et sexué. Je n’ai rien contre l’humour ni contre cet humoriste néanmoins le langage de la vidéo et les propos tenus n’ont pas lieu d’être au travail. Ma collaboratrice présente en réunion gloussait et commentait la vidéo pour aller dans le sens de cet homme. Pour ma part, je suis restée figée et silencieuse en attendant que ça passe. Voyant que je ne réagissais pas, il m’a dit : « oh qu’elle est sérieuse cette Jennifer ! Elle n’a pas envie de rire, les hormones ça rend rigide ! » Lorsque j’en ai rediscuté avec ma collègue, elle m’a dit qu’elle ne voyait absolument pas ce qu’il y avait de choquant…

Avoir une femme enceinte au travail cristallise la peur qu’elle soit moins performante, à fort risque de s’absenter après sa grossesse et surtout pendant. Ce qui explique bien souvent que les femmes enceintes en recherche d’emploi se voient écartées des process de recrutement et que d’autres gemmes en recherche active sont obligées re reporter leur désir de maternité pour privilégier leur carrière. 

Enceinte au cours du recrutement

En tant que future maman, la loi ne vous oblige pas à annoncer votre grossesse durant le process de recrutement. Vous n’êtes pas non plus tenue de répondre à un recruteur qui vous poserait la question car c’est illégal. 
J’ai une amie qui avait inscrit sur son CV « mariée » et durant l’entretien le recruteur la félicitait tout en insistant lourdement sur la suite… et les projets à venir… 
Elle avait répondu que la suite serait naturellement de partir en voyage de noces, ce dernier étant prévu au mois d’août. Elle avait su tourner autour du pot mais avait avoué après son entretien s’être sentie mal à l’aise que le recruteur la pilonne de questions pour savoir si le projet bébé était en route ou non. 
>>> Mon conseil : 
Si vous vous retrouvez dans ce contexte, vous pouvez demander à votre interlocuteur en quoi cette information a un lien avec le poste à pourvoir ou votre performance au travail ? 

Si vous faites le choix d’annoncer votre grossesse au cours du recrutement ou si cette dernière est visible, gardez à l’esprit que cela ne vous empêche pas d’être compétente, motivée et surtout de le montrer.
J’ai passé un entretien d’embauche à 7 mois de grossesse. Je ne l’avais pas évoqué lors de la pré-qualification téléphonique et me suis rendue à mon entretien d’embauche avec la ferme conviction que mon bébé n’était pas un frein à mes compétences. Quand le CEO m’a vue, il a souri tout en ironisant avec bienveillance : « mais vous êtes enceinte ! », j’avais alors répondu sur le même ton : « mais vous êtes perspicace ! ». Une fois l’effet de surprise passé, il a immédiatement enchaîné par un entretien très professionnel, orienté sur mes compétences en adéquation avec le poste à pourvoir. A la fin de l’entretien, il m’a expliqué qu’il était prêt à reporter ses projets RH d’un semestre pour attendre que je sois disponible après mon congé maternité. Ce chef d’entreprise fait partie de ces rares personnes qui considèrent que l’efficacité professionnelle est liée à la personne plutôt qu’aux événements de vie. 
Si vous n’avez pas la chance de vivre un entretien comme le mien et que vous pensez avoir été discriminée, vous avez la loi de votre côté : « l’employeur ne doit pas prendre en compte l’état de grossesse d’une femme pour refuser de la recruter. » La loi protège également le contrat d’une femme enceinte pendant sa période d’essai et au-delà. Rien ne vous empêche de saisir le conseil des Prud’hommes en versant au dossier toutes les preuves qui sont en votre possession. Dans les faits, peu de femmes s’engagent dans ce long processus car peu d’entre elles ont des éléments tangibles autre que des réflexions désobligeantes faites sans témoin. 
>>> Mon conseil : 
C’est la seule fois où je conseille à des candidates de mentir par omission car la grossesse fait partie de votre vie privée et intime. Si vous êtes enceinte et que ça ne se voit pas encore, ne le dites pas. Après plusieurs échanges sur le sujet avec Christel de Foucault, l’expérience nous a prouvé que la franchise sur ce point est malheureusement rarement récompensée par les entreprises. 

Les mentalités évoluent

 En 2019, les responsables masculins étaient 14% à hésiter à embaucher une femme souhaitant avoir des enfants alors qu’ils étaient 16% en 2018 et 18% en 2017 (4).
A la fin de mon CDD, j’ai eu un entretien de sortie avec ma responsable qui m’a confirmé qu’elle avait été heureuse et hautement satisfaite de mon travail. Elle voulait continuer à travailler avec moi mais l’homme qui me harcelait s’opposait à ce que je poursuive dans l’entreprise. Quelques mois plus tard, après qu’il ait annoncé sa démission pour une meilleure évolution professionnelle, elle s’est empressée de me recontacter pour que je revienne travailler avec elle. J’ai bien sûr été ravie de cette démarche mais je m’étais déjà engagée dans la création de Fixe Ton Cap. 

(1) Sylvaine Pascual
(2) Enquête défenseur des droits
(3) Journaldesfemmes.com 
(4) Slate